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Huit mois après l'abandon par l'agro-industriel Babacar Ngom de ses prétentions sur les parcelles contestées, l'État sénégalais passe à la phase opérationnelle.
Longtemps érigée en symbole de la confrontation asymétrique entre l'agro-business capitaliste et l'agriculture familiale ouest-africaine, l'affaire Ndingler franchit un cap décisif. Huit mois après la renonciation formelle de Babacar Ngom, président du groupe Sedima, à son titre foncier contesté, l'appareil d'État a investi le terrain. Une mission conjointe du ministère de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Élevage (MASAE) et de la direction du Génie militaire s'est rendue sur le site pour lancer les travaux de bornage, de nivellement et de sécurisation des 80 hectares alloués à 39 ménages paysans de la commune de Ndiaganiao.
Ce déploiement physique des forces armées dans un rôle d'aménagement civil illustre la volonté de l'exécutif de matérialiser sans délai des arbitrages fonciers longtemps différés. Dans ce terroir sahélien où la pression sur la terre arable s'est intensifiée sous l'effet combiné de la spéculation immobilière et de l'expansion de grands périmètres agro-industriels, la restitution de Ndingler constitue un acte politique autant qu'agronomique.
Le recours au Génie militaire n'est pas anodin : il répond à une double exigence d'impartialité technique et de célérité logistique. Chargés du débroussaillage lourd, de l'amendement préliminaire des sols et de la délimitation parcellaire assistée par GPS, les ingénieurs de l'armée empêchent toute résurgence de tensions intercommunautaires entre les villages limitrophes de Djilakh et de Ndingler. Cette modalité d'intervention neutralise le risque de contestations locales quant au tracé exact des limites culturales.
Sur le plan technique, la mission du MASAE ne se borne pas à une simple rétrocession cadastrale. Les services agronomiques ont pour mandat de structurer un modèle d'exploitation agroécologique résilient, doté d'infrastructures d'irrigation d'appoint et d'accès aux intrants certifiés, afin que ces 80 hectares redeviennent immédiatement productifs dès les prochaines campagnes agricoles.
Cette concrétisation s'inscrit dans la lignée directe des engagements de rupture portés par le nouveau pouvoir exécutif sénégalais. Dès son installation, la présidence de Bassirou Diomaye Faye avait fait de la révision des baux emphytéotiques et de la suspension des attributions foncières controversées un axe majeur de restauration de la justice sociale. Le dossier Ndingler, particulièrement inflammable sous la précédente administration, faisait figure de test grandeur nature pour la crédibilité de cette politique de souveraineté alimentaire endogène.
En privilégiant la petite paysannerie face aux conglomérats privés, l'État sénégalais adresse un signal d'avertissement aux détenteurs de titres fonciers dormants ou acquis au détriment des droits coutumiers. La démarche esquisse les contours d'une réforme globale du cadre législatif foncier rural, resté inchangé depuis la loi sur le domaine national de 1964.
Si la restitution technique est désormais actée, des défis structurels subsistent. L'attribution pérenne des parcelles aux 39 familles exige une sécurisation juridique formelle via des délibérations communales inattaquables pour prévenir tout contentieux successoral ou transaction informelle ultérieure. De surcroît, la viabilité économique de ces micro-exploitations dépendra de leur intégration dans des chaînes de valeur locales, condition sine qua non pour empêcher que l'insuffisance de capitaux ne force à terme les exploitants à céder de nouveau leurs terres sous d'autres formes de dépendance financière.