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Autrefois poumon nourricier de la presqu'île du Cap-Vert, la plage de Thiaroye-sur-Mer est désormais submergée par des monceaux d'immondices. Ce désastre écolog
À Thiaroye-sur-Mer, le rivage atlantique n'a plus rien d'un espace récréatif ou d'un écosystème littoral viable. Sur des centaines de mètres, le sable disparaît sous des couches sédimentées de plastiques à usage unique, d'effluents domestiques et de gravats industriels. Ce paysage dégradé n'est plus arpenté que par les acteurs de l'économie de survie : des pêcheurs artisanaux contraints de slalomer entre les détritus pour armer leurs pirogues, des bêtes errantes, des enfants exposés aux pathogènes et les « buuju man », ces récupérateurs informels qui fouillent la fange à la recherche de métaux et de plastiques recyclables.
Cette situation n'est pas fortuite : elle constitue l'aboutissement d'une chaîne logistique de traitement des déchets chroniquement défaillante dans le département de Pikine. Dépourvues de bacs de collecte suffisants et de points de regroupement normalisés (PRN) opérationnels, les populations riveraines et les micro-industries environnantes utilisent la façade maritime comme exutoire ultime. Les canaux d'évacuation des eaux pluviales et les ruissellements d'eaux usées charrient quotidiennement des tonnes de résidus solides directement vers la mer, scellant la contamination de la zone intertidale.
Ce spectacle d'abandon met en lumière une criante asymétrie urbaine. Alors que la Corniche Ouest et les quartiers huppés de la capitale bénéficient d'un balayage continu et d'une attention prioritaire des services d'assainissement, la banlieue périurbaine fait office de périphérie sacrificielle. La Société Nationale de Gestion Intégrée des Déchets (SONAGED), malgré des campagnes sporadiques de nettoiement, se heurte à des goulets d'étranglement structurels : déficit d'équipements adaptés aux venelles non bitumées, saturation de la décharge de Mbeubeuss toute proche, et coordination déficiente avec la commune d'arrondissement.
Le coût socio-économique pour Thiaroye est massif. La pêche artisanale, pilier économique de la commune, subit de plein fouet l'altération des eaux côtières. Les hélices de moteurs s'enchevêtrent dans les textiles usagés et les filets fantômes, les zones de frayères côtières sont anéanties, et la qualité sanitaire des débarquements est compromise. À cela s'ajoutent des risques épidémiologiques majeurs : affections dermatologiques chez les pêcheurs, prolifération de vecteurs parasitaires et inhalation de fumées toxiques générées par le brûlage sauvage des ordures sur la plage.
La réponse institutionnelle ne peut plus se limiter aux opérations ponctuelles de « set-setal » (nettoiement citoyen), souvent instrumentalisées lors d'échéances politiques sans impact durable sur le terrain. L'assainissement du littoral de Thiaroye exige une refonte globale du système de collecte dans les zones à haute densité de la banlieue de Dakar, intégrant le dragage mécanique des côtes, le renforcement pérenne du réseau d'évacuation primaire et la fermeture des déversements sauvages.
À moyen terme, le défi interpelle également la responsabilité élargie des producteurs (REP) sur les emballages plastiques et les partenariats public-privé pour valoriser les déchets solides à l'échelle locale. Sans une territorialisation équitable des ressources publiques dédiées à l'environnement, le cordon littoral de Thiaroye-sur-Mer demeurera le symptôme visible d'un modèle d'urbanisation non maîtrisé qui hypothèque l'avenir sanitaire et économique de ses habitants.