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Sénégal : Deux ans d'offensive, le Pool Judiciaire Financier franchit le cap des 100 milliards FCFA saisis

Abdel ·

Sénégal : Deux ans d'offensive, le Pool Judiciaire Financier franchit le cap des 100 milliards FCFA saisis

En deux années d'exercice, la juridiction spécialisée sénégalaise affiche un bilan d'étape sans précédent : 750 dossiers instruits, 1 391 personnes déférées et plus de 100 milliards de FCFA confisqués en numéraire et en actifs. Cette montée en puissance matérialise la rupture institutionnelle voulue à Dakar contre l'évasion de capitaux et les crimes financiers.

Une rupture opérationnelle dans la répression financière

Deux ans après son opérationnalisation, le Pool judiciaire financier (PJF) s'impose comme le bras armé de la reddition des comptes au Sénégal. Avec 750 dossiers pris en charge et 1 391 individus déférés devant les parquets spécialisés, l'institution rompt avec l'inertie procédurale qui caractérisait autrefois les infractions économiques complexes. Conçu pour remplacer une Cour de répression de l'enrichissement illicite (CREI) jugée désuète et politisée, le PJF consolide une architecture hybride, combinant magistrats instructeurs, parquets dédiés et officiers de police judiciaire rompus aux circuits financiers opaques.

La dynamique des 100 milliards de FCFA saisis

Le montant cumulé des saisies — plus de 100 milliards de FCFA (environ 165 millions de dollars) — constitue un tournant comptable majeur. Cette assiette ne se cantonne pas aux liquidités bancaires immobilisées ; elle intègre un portefeuille substantiel d'actifs mobiliers et immobiliers : résidences de standing, participations sociétaires, flotte de véhicules et avoirs fonciers présumés issus de malversations. Cette stratégie axée sur le recouvrement patrimonial immédiat vise à tarir les capacités de nuisance et de blanchiment des réseaux ciblés avant même l'aboutissement des jugements au fond.

Assainissement budgétaire et impératifs macroéconomiques

Ce bilan intervient dans un contexte de fortes tensions sur les finances publiques sénégalaises, marqué par une volonté affichée de souveraineté économique et de réduction de l'endettement extérieur. Les montants recouvrés ou sous main de justice incarnent un gisement de ressources crucial pour l'État. Par ailleurs, cette démonstration d'efficacité répressive répond aux exigences des régulateurs internationaux, notamment le Groupe d'action financière (GAFI), au sein duquel Dakar manœuvre activement pour consolider son dispositif anti-blanchiment et sortir définitivement des listes de surveillance renforcée.

L'épreuve de la confiscation définitive et de la transparence

Le défi pour le PJF bascule désormais de la phase des saisies conservatoires vers celle de l'exécution des peines et de l'administration des biens. La coordination avec l'Office national de recouvrement des avoirs criminels (ONRAC) sera déterminante pour transformer ces prises en recettes réelles pour le Trésor public sans déprécier les actifs. Sur le plan de l'État de droit, la crédibilité durable du mécanisme reposera sur l'équité des procès et la capacité de la justice à résister à toute instrumentalisation politique dans un paysage ouest-africain en pleine recomposition.