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Adoptée par référendum le 13 septembre 1996, la cinquième Constitution du royaume chérifien a marqué une rupture institutionnelle majeure. En pacifiant le jeu p
Le 13 septembre 1996, le Maroc franchit un cap décisif dans son histoire institutionnelle moderne. Sous l'impulsion du roi Hassan II, la cinquième Constitution du pays est soumise à référendum et adoptée massivement. Ce texte ne représente pas seulement une révision des lois fondamentales ; il scelle un compromis historique entre la monarchie et l'opposition de gauche, notamment l'Union socialiste des forces populaires (USFP). En tournant la page des « années de plomb », caractérisées par une confrontation politique violente et des violations des droits humains, le souverain choisit la voie de l'institutionnalisation de la contestation pour préserver la stabilité du régime.
Sur le plan structurel, la Constitution de 1996 redéfinit l'équilibre des pouvoirs au sein de l'État. L'innovation majeure réside dans l'instauration d'un Parlement bicaméral, avec la création de la Chambre des conseillers, conçue pour représenter les collectivités locales, les chambres professionnelles et les salariés. Cette disposition vise à élargir la base de la représentation politique et à amorcer une décentralisation administrative devenue indispensable pour le développement économique des régions. Le texte offre ainsi un cadre normatif plus prévisible, rassurant les investisseurs nationaux et internationaux quant à la solidité de l'État de droit au Maroc.
Au-delà de la décrispation intérieure, cette réforme constitutionnelle répondait à un impératif géopolitique urgent : normaliser l'image du Maroc sur la scène internationale pour consolider ses partenariats économiques. En offrant des garanties démocratiques accrues et en stabilisant son front politique interne, Rabat lève les derniers freins diplomatiques qui entravaient ses relations avec Bruxelles. Cette transition politique ouvre directement la voie à la concrétisation de l'accord d'association avec l'Union européenne, arrimant définitivement l'économie marocaine aux marchés occidentaux et sécurisant ses flux d'investissements directs étrangers (IDE).
La Constitution de 1996 a surtout rendu possible l'exercice inédit de l'alternance consensuelle en 1998, lorsque Abderrahmane Youssoufi, ancien opposant historique, est nommé Premier ministre. Ce transfert de la contestation de la rue vers les arénas gouvernementales a démontré la capacité de résilience du modèle politique marocain. En institutionnalisant le pluralisme, le Makhzen a su absorber les chocs de la transition démocratique tout en maintenant les prérogatives stratégiques de la Couronne, posant les jalons de la trajectoire politico-économique contemporaine du royaume.