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Fraîchement nommé à la tête de l'Agence nationale pour les énergies renouvelables (ANER), Thierno Alia Mbengue s'est rendu à Ndiassane pour solliciter l'appui d
Au Sénégal, aucune réforme d'infrastructure à fort impact territorial ne s'opère en vase clos. La visite effectuée vendredi par Thierno Alia Mbengue, nouveau directeur général de l’Agence nationale pour les énergies renouvelables (ANER), auprès du porte-parole du Khalife de Ndiassane, s'inscrit au cœur de cette réalité sociopolitique. En choisissant ce bastion historique de la confrérie Qadiriyya pour l'une de ses premières sorties de terrain, le patron de l’ANER ne se contente pas d'accomplir un rituel républicain : il cherche à arrimer le programme d'électrification durable aux centres de gravité communautaires de la nation.
Reçu par les dignitaires de la famille Kounta, le directeur général a insisté sur sa volonté d’inscrire le mandat de l’agence dans une proximité étroite avec les populations locales et les guides spirituels. Dans un écosystème où l'autorité morale des khalifes devance souvent l'appareil étatique dans la médiation sociale, l'adhésion des dignitaires religieux constitue le premier garant d'acceptabilité pour les projets de développement d'énergie propre, qu'il s'agisse de lampadaires solaires, de mini-réseaux ou de centrales villageoises.
Ndiassane, carrefour spirituel sous-régional attirant des centaines de milliers de pèlerins lors de son Gamou annuel, incarne les tensions structurelles du réseau électrique sénégalais. Durant ces rassemblements massifs, la demande énergétique explose, mettant sous tension le réseau conventionnel de la Senelec et entraînant des coûts logistiques considérables liés aux groupes électrogènes de secours. Pour l'ANER, ces cités représentent des laboratoires grandeur nature pour le déploiement de solutions hybrides et autonomes.
L'intégration de candélabres solaires de dernière génération et de solutions décentralisées dans l'espace urbain religieux permet non seulement de soulager la trésorerie publique lors des événements religieux majeurs, mais également de stimuler une économie de services locaux autour de la maintenance et de l'exploitation des équipements photovoltaïques. Cette approche pragmatique traduit une volonté d'optimiser l'allocation des investissements publics dans des zones à très forte visibilité populaire.
Ce déplacement s'opère dans un contexte de refonte des priorités publiques impulsée par les nouvelles autorités étatiques, axée sur la souveraineté économique, la décentralisation effective et la rigueur dans la gestion des agences nationales. Longtemps perçue comme un simple guichet d'installation de lampadaires solaires sans stratégie pérenne d'industrialisation locale, l'ANER fait face à l'obligation de transformer son modèle opérationnel.
En allant au contact direct des foyers religieux, Thierno Alia Mbengue cherche à prévenir les écueils de ses prédécesseurs : le manque de suivi technique des parcs installés et la coupure entre la technocratie dakaroise et les réalités du terroir. Si le soutien confrérique offre une couverture politique précieuse, la crédibilité de la nouvelle direction dépendra de sa capacité à transformer ces déclarations d'intention en infrastructures durables, transparentes et immédiatement fonctionnelles pour les populations.