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Face aux mutations démographiques et à l'accélération de l'exode vers les métropoles, l'association Wagadu Jiida sonne l'alarme sur l'avenir du soninké. Son pré
À Dakar, le plaidoyer porté par Khalil Sy, président de l'association Wagadu Jiida, dépasse la simple préservation patrimoniale : il pose la question stratégique de la pérennité linguistique au XXIe siècle. Historiquement ancrée dans le bassin du fleuve Sénégal et berceau de l'ancien empire du Wagadu (Ghana), la communauté soninké subit de plein fouet une double onde de choc démographique : l’urbanisation accélérée vers les capitales régionales et une émigration structurelle de longue date vers l'Europe et l'Afrique centrale. Dans ces contextes déracinés, la transmission intergénérationnelle faiblit au profit des langues véhiculaires dominantes comme le wolof, le français ou l'anglais. Pour Wagadu Jiida, l'intégration du soninké dans les outils numériques représente le seul rempart crédible contre cette assimilation rampante.
L'écosystème numérique mondial marginalise structurellement les langues africaines dépourvues de corpus textuels numérisés et standardisés. Si le soninké dispose d'un statut de langue nationale au Sénégal, au Mali et en Mauritanie, il demeure quasi inexistant dans les modèles de traitement automatique du langage naturel (NLP), les claviers prédictifs sur smartphones, les moteurs de recherche et les systèmes d'exploitation grand public. L'absence d'outils d'apprentissage en ligne, de correcteurs orthographiques standardisés et d'infrastructures de synthèse vocale condamne les locuteurs à basculer vers d'autres langues pour toute interaction digitale, accélérant le déclassement de la langue dans l'espace économique moderne.
Paradoxalement, la communauté soninké constitue l'un des piliers de l'économie informelle et des transferts de fonds transnationaux en Afrique de l'Ouest. Depuis les foyers de travailleurs en Île-de-France jusqu'aux comptoirs commerciaux d'Afrique centrale, les Soninkés injectent des centaines de millions d'euros chaque année dans le développement local de leurs terroirs d'origine. Cette puissance financière ne s'est pourtant pas encore traduite par des investissements ciblés dans la « tech » culturelle. La création d'applications bancaires mobiles vocales ou de plateformes d'information financière en soninké comblerait non seulement un vide d'inclusion financière, mais ancrerait la langue dans la modernité transactionnelle.
L'appel de Wagadu Jiida interpelle directement les régulateurs sénégalais et ouest-africains. Alors que le Sénégal accélère son agenda « Sénégal Numérique 2025/2030 », les politiques de transition numérique ont trop longtemps négligé la dimension endogène du contenu. Les institutions publiques de recherche, en partenariat avec les géants de la tech et les startups locales, doivent financer la collecte de jeux de données vocales et textuelles ouvertes (open datasets) pour le soninké. Sans cette intervention concertée mêlant société civile, capitaux de la diaspora et impulsion étatique, la fracture numérique continuera d'agir comme un puissant facteur d'éradication des mémoires culturelles ouest-africaines.