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Confronté aux alertes répétées du collège des délégués du personnel sur les tensions de trésorerie et la gestion interne, le Directeur général de la SAR est monté au créneau sur les ondes de la RFM. Une offensive médiatique qui intervient au moment charnière de l'intégration du brut local de Sangomar dans l'appareil industriel national.
Invité sur les ondes de la RFM dans l’émission « Yoon Wi », Mamadou Abib Diop, Directeur général de la Société africaine de raffinage (SAR), a rompu le silence pour répondre directement aux griefs formulés par le collège des délégués du personnel. Ces derniers avaient récemment tiré la sonnette d’alarme sur les équilibres financiers de l'unique raffinerie du pays, dénonçant un climat de défiance et des incertitudes pesant sur les engagements sociaux et opérationnels. Dans un exercice d'équilibrisme entre transparence financière et réassurance des marchés, le directeur général a contesté toute faillite de gouvernance, réaffirmant la solidité structurelle de l'entreprise publique.
Au cœur des frictions figure la délicate équation financière de l'outil industriel de Mbao. Malgré les investissements consentis ces dernières années pour porter la capacité de traitement à 1,5 million de tonnes par an et adapter les installations aux normes internationales, la SAR subit les contrecoups des délais de compensation de l'État sur les subventions aux hydrocarbures. Si Mamadou Abib Diop a insisté sur la viabilité du plan d'affaires et la poursuite des approvisionnements réguliers du marché intérieur, les tensions de trésorerie court terme restent un défi opérationnel permanent, contraignant l'entreprise à jongler avec d'importantes lignes de crédit bancaire pour financer ses cargaisons.
Ce bras de fer social s'inscrit dans un tournant géopolitique et énergétique majeur pour Dakar. Avec l'entrée en production du gisement offshore de Sangomar, exploité par Woodside, la SAR est appelée à devenir le pivot de la souveraineté énergétique sénégalaise en raffinant une part substantielle de l'or noir national. Tout dysfonctionnement interne ou arrêt de travail prolongé menacerait directement cette montée en puissance, obligeant le pays à exporter son brut non raffiné tout en continuant d'importer massivement des produits finis à prix d'or. Mamadou Abib Diop a ainsi martelé que la modernisation des unités et l'alignement des équipes demeurent les seules garanties pour maximiser le contenu local énergétique.
La sortie médiatique du directeur général marque une tentative d'apaisement mais ne dissipe pas l'ensemble des inquiétudes des travailleurs, qui exigent des garanties tangibles sur l'amélioration du climat social, les promotions internes et la soutenabilité de la dette d'exploitation. Alors que les nouvelles autorités de l'État ont placé la rationalisation des entreprises publiques et la reddition des comptes au sommet de leur agenda économique, la gestion de la SAR sera scrutée de très près par le ministère de l'Énergie, du Pétrole et des Mines. La capacité du management à transformer l'essai industriel tout en restaurant le pacte social déterminera la pérennité de ce mastodonte de l'économie ouest-africaine.