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Intervenant à Dakar, Amadou Tidiane Wone a replacé la souveraineté culturelle et mentale au centre des politiques de développement. Une mise en perspective géop
La question de la souveraineté ne se résume plus aux seuls attributs régaliens de la défense ou de la monnaie. À Dakar, le ministre conseiller Amadou Tidiane Wone a rappelé une vérité fondamentale pour le continent africain et le Sud global : la première des souverainetés est d'ordre culturel et mental. Sans une réappropriation des récits, des grilles de lecture et des imaginaires collectifs, toute velléité d'émergence économique reste structurellement vulnérable.
Longtemps reléguée au rang de variable d'ajustement ou d'expression folklorique par les institutions financières internationales, la culture constitue pourtant un levier de puissance économique majeure. L'industrie créative, le numérique et la production de contenus endogènes génèrent de la valeur ajoutée et structurent le soft power des nations. Pour le Sénégal et l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est de transformer le capital culturel en richesse mesurable, capable de financer une véritable autonomie stratégique.
Le modèle dominant de mondialisation a longtemps imposé des normes standardisées, marginalisant les épistémologies du Sud. Repenser le développement à travers le prisme culturel implique une rupture méthodologique : cesser de calibrer les politiques publiques sur des indicateurs extérieurs déconnectés des réalités sociologiques locales. Cette démarche exige une refonte des systèmes éducatifs et académiques, principaux vecteurs de la transmission des savoirs et de la formation des élites.
Au-delà du cas sénégalais, cette vision s'inscrit dans un mouvement géopolitique plus vaste de rééquilibrage des relations internationales. Le Sud global cherche à bâtir des alternatives face au narratif occidental univoque. En unissant leurs forces autour de la préservation de leurs patrimoines et du développement de leurs industries créatives, les pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine disposent d'un levier inédit pour peser sur les négociations multilatérales de demain.