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Classé 79e sur 88 pays par le Global Real Estate Transparency Index, le secteur immobilier sénégalais pâtit d'une asymétrie d'information chronique et d'un vide
Le couperet est tombé avec la publication du Global Real Estate Transparency Index (GRETI) publié par Jones Lang LaSalle (JLL) : le Sénégal figure au 16e rang sur 19 marchés africains évalués, et stagne à une inquiétante 79e place à l'échelle mondiale (sur 88 nations passées au crible). Derrière la frénésie immobilière visible sur la corniche dakaroise ou dans le pôle urbain de Diamniadio, ce classement sanctionne l'absence quasi totale d'indicateurs de marché standardisés, la fragmentation du cadre réglementaire et la persistance de pratiques informelles.
L'opacité dénoncée s'articule d'abord autour de l'indisponibilité des données de valorisation. Contrairement aux marchés matures d'Afrique australe ou anglophone (Afrique du Sud, Kenya, Maurice), le Sénégal ne dispose d'aucun registre public ouvert consolidant les valeurs transactionnelles réelles. Les prix au mètre carré dans les zones névralgiques de Dakar (Almadies, Plateau, Fann Résidence) sont fixés selon des logiques spéculatives et des ententes de gré à gré non documentées. Ce déficit statistique empêche les investisseurs institutionnels — fonds de pension, REITs et partenaires multilatéraux — de calculer des rendements locatifs nets fiables ajustés au risque souverain.
Le second levier d'opacité réside dans la coexistence complexe de régimes juridiques antinomiques. Entre le titre foncier définitif, le bail emphytéotique d'État et le droit coutumier (délibérations municipales précaires), les litiges fonciers engorgent les tribunaux sénégalais. Les démarches de numérisation cadastrale amorcées sous l'ancien régime n'ont pas encore résorbé le flou entourant l'assiette foncière nationale, favorisant la captation de rentes par des intermédiaires informels et maintenant une prime de risque exorbitante sur les transactions de grande envergure.
Pour les nouvelles autorités sénégalaises, qui ont placé la refonte de la gouvernance et la baisse du coût de la vie au cœur de leur mandat, ce statut de marché « opaque » constitue un défi macroéconomique direct. Sans transparence cadastrale, la lutte contre le blanchiment de capitaux — sous surveillance étroite du GAFI — demeure compromise, tout comme les politiques d'encadrement des loyers. L'attractivité des partenariats public-privé nécessaires au financement des logements sociaux dépendra désormais de la capacité de l'État à imposer la traçabilité intégrale des chaînes de transaction.