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Alors que Sadio Mané engage d'importants capitaux dans la valorisation de la filière mangue en Casamance avec SM10 Agro, l'exportateur Souleymane Bassoum met en
L'annonce du déploiement de SM10 Agro, l'initiative agro-industrielle portée par l'international sénégalais Sadio Mané pour transformer la production de mangues en Casamance, suscite un vif débat au sein du patronat agricole. Si l'engagement financier du champion d'Afrique est salué pour son impact socio-économique dans sa région natale, les experts de la filière pointent du doigt les risques opérationnels inhérents à un secteur réputé impitoyable.
Intervenant sur le plateau d'Even Prod Media, Souleymane Bassoum, figure majeure de l'exportation fruitière ouest-africaine souvent qualifié de « numéro un de la mangue en Afrique », a publiquement formulé de strictes réserves. Pour ce vétéran de la logistique horticole, la transformation industrielle de la mangue ne peut reposer sur le seul volontarisme ou sur la puissance financière brute d'un athlète d'élite.
Le constat technique dressé par Bassoum met en lumière les faiblesses endémiques de la chaîne de valeur casamançaise. D'une part, la fenêtre d'exploitation est extrêmement resserrée : la campagne de récolte ne dure que quelques semaines par an, imposant d'amortir des installations industrielles lourdes sur un cycle d'activité très bref, sauf diversification coûteuse vers d'autres filières maraîchères hors-saison.
D'autre part, la région fait face à une double crise : les ravages saisonniers causés par la mouche des fruits (Bactrocera dorsalis), qui compromet les volumes commercialisables, et le déficit critique d'infrastructures de chaîne du froid et d'énergie stable. Sans calibrage précis des coûts logistiques terrestres et maritimes reliant Ziguinchor aux marchés d'exportation ou aux grands centres de consommation comme Dakar, le modèle d'une usine de transformation locale risque l'asphyxie financière rapide.
Jusqu'ici célébré pour ses investissements philanthropiques exemplaires à Bambali — hôpital, lycée, infrastructures sportives et réseau 4G —, Sadio Mané franchit avec SM10 Agro un cap stratégique vers l'entrepreneuriat productif. Cette transition expose désormais ses capitaux aux lois de la rentabilité, de la certification phytosanitaire internationale et des marges industrielles réduites.
L'avertissement de Souleymane Bassoum ne doit pas être lu comme un rejet de l'initiative, mais comme un appel à la rationalité managériale. Pour réussir là où plusieurs initiatives étatiques et privées ont trébuché ces deux dernières décennies, SM10 Agro devra impérativement s'associer à des techniciens chevronnés de la chaîne logistique et sécuriser ses débouchés contractuels en amont de toute injection massive de capital fixe.