Perspective Newsroom ·

Les conflits fonciers sont une épine systémique dans le développement de l'Afrique de l'Ouest, minant la sécurité juridique et freinant l'investissement.
L'achat d'une parcelle en Afrique de l'Ouest peut rapidement se transformer en un cauchemar judiciaire. Le scénario est récurrent : un acquéreur investit ses économies pour construire, et découvre ultérieurement qu'un autre individu détient également des documents de propriété pour le même terrain. Ce phénomène n'est pas anecdotique ; il est symptomatique d'un désordre foncier endémique qui entrave le développement économique, génère des tensions sociales et sape la confiance dans les institutions.
Au cœur de ces litiges se trouve souvent un système foncier dual et fragmenté. D'une part, les droits coutumiers, transmis oralement ou attestés par des chefs traditionnels, régissent une grande partie des terres, particulièrement en milieu rural et périurbain. D'autre part, les titres fonciers, issus des systèmes légaux modernes souvent hérités de la colonisation, sont censés offrir une sécurité juridique absolue. La transition entre ces deux régimes est mal gérée, créant des zones grises exploitées par des réseaux de fraudeurs. Des intermédiaires peu scrupuleux vendent à plusieurs reprises le même terrain à des acheteurs de bonne foi, profitant de l'opacité et de la lenteur des administrations foncières.
La crise foncière n'est pas qu'une affaire de propriété individuelle ; elle a des répercussions macroéconomiques et géopolitiques majeures. L'incertitude foncière décourage l'investissement direct étranger, car les entreprises hésitent à s'engager sans garantie sur la propriété de leurs actifs. Elle alimente également l'instabilité sociale, avec des affrontements parfois violents entre communautés ou entre citoyens et spéculateurs. Dans des villes en pleine expansion comme Abidjan, Lagos ou Dakar, la pression démographique et l'urbanisation rapide exacerbent la spéculation, rendant l'accès au logement sécurisé quasi impossible pour de larges franges de la population et favorisant l'émergence de bidonvilles.
Les solutions résident dans une réforme foncière ambitieuse et multidimensionnelle. La clarification et l'harmonisation des droits fonciers, qu'ils soient coutumiers ou modernes, sont essentielles. La numérisation des cadastres et des registres fonciers, combinée à une transparence accrue, permettrait de lutter efficacement contre les fraudes et les doubles attributions. Des initiatives comme la création de guichets uniques et la formation de personnel qualifié sont cruciales. Cependant, toute réforme doit être accompagnée d'une volonté politique forte et d'une lutte implacable contre la corruption au sein des administrations foncières et judiciaires pour restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs.